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19 décembre 2013 4 19 /12 /décembre /2013 21:30

Article RUE 89  du    20/04/2009

Comme à Amiens, des villes s’interrogent sur la pertinence de systèmes aussi coûteux et dont l’efficacité n’est prouvée par aucun audit.

 

La semaine dernière, l’Office national de la délinquance délivrait ses statistiques pour le mois de mars. Des statistiques en hausse pour les taux d’élucidation des violences physiques non crapuleuses et des malversations financières, mais des résultats encore très minces pour les cambriolages (seulement 15% des cas résolus).


Presque rien en revanche sur les résultats obtenus par la vidéosurveillance, traitée par un simple encadré dans le document de l’OND. Et ce alors que le gouvernement annonçait avec force médiatisation son intention de tripler le parc de caméras publiques d’ici la fin de l’année pour atteindre 60 000 unités.


Il faut dire que les données disponibles sont quasiment inexistantes. Tout au plus les pouvoirs publics ont-ils communiqué quelques bribes ponctuellement, à Strasbourg par exemple.

 

 

 

Ecrans de contrôle de vidéosurveillance à la préfecture de police de Paris (/Charles Platiau/Reuters)

 

 

Pas d’audit valable

Cela fait longtemps que les chercheurs sur la sécurité tentent d’alerter l’opinion quant à l’absence d’audit valable sur la vidéosurveillance. Le sociologue Tanguy Le Goff rappelle ainsi que deux paramètres restent des plus flous en France, contrairement à d’autres pays qui se sont déjà fendus de pas mal d’études : les coûts réels du dispositif et l’efficacité sur le terrain.


En installant de grosses caméras très visibles, dans des espaces bien distincts, le dispositif était censé abaisser la délinquance en amont, préventivement. Mais l’impact reste sujet à caution, et les exemples se succèdent pour montrer que la présence de ces caméras a plutôt poussé les délinquants à se déplacer... quant ils ne s’affranchissent pas pour de bon de la présence du viseur, comme le montre ce reportage de 2004, après la profanation d’un cimetière juif lyonnais pourtant doté de caméras. (Voir la vidéo).

 

De fait, l’esprit du dispositif a eu tendance à évoluer depuis son arrivée en France, en 1995. Et l’on est passé, à mesure que le parc augmentait (notamment avec le second passage de Nicolas Sarkozy au ministère de l’Intérieur), de la prévention à la résolution a posteriori des actes de délinquance. Ce qui implique des caméras beaucoup plus petites et plus discrètes, intégrées au mobilier urbain.


Mais, là encore, Tanguy Le Goff se montre réservé, après avoir épluché les études disponibles à l’étranger :

 

« Au titre de la prévention, les caméras n’empêchent pas le passage à l’acte. La baisse de la délinquance était très faible voire nulle, notamment sur les atteintes aux personnes, qui relèvent plutôt d’actes impulsifs, sans rationalisation. Les délinquants, eux, n’ont pas modifié fondamentalement leur comportement, ils se cachent seulement mieux, ou changent de lieu.

Au titre de l’ellucidation, c’est sans doute un peu plus efficace : on sait où il a pu se passer quelque chose. Mais, même de ce point de vue, l’efficacité reste minime en Grande-Bretagne, notamment parce que ces images sont peu exploitées et mal utilisées. »

Amiens se rebiffe

Sur le terrain, certaines municipalités commencent à renacler à « payer pour le boulot de la police nationale », notamment dans des villes qui ont basculé aux dernières municipales.

C’est le cas d’Amiens, qui était parmi les pionniers en vidéosurveillance du temps de Gilles de Robien, député UMP et autrefois président du groupe Sécurité à l’Association des maires de France. Dès 1995, treize caméras avaient été installées à Amiens, puis vingt nouvelles en 2002 pour finir à 48 en fin de troisième mandat Robien.

 

La nouvelle équipe, arrivée en 2008, s’est engagée à ne pas en rajouter, là où l’UDF sortant voulait doubler son parc. Mais Emilie Therouin, l’adjointe Verte chargée de la sécurité et de la prévention des risques urbains, n’exclut pas d’en supprimer quelques autres.

Convaincue du manque d’efficacité du dispositif, elle est plus remontée encore contre le décalage entre son coût et ses bénéfices en terme de sécurité publique :

« D’un point de vue dissuasif, le bilan est plus que limité et on a encore des faits divers là où sont installées les caméras, y compris des voitures brûlées voire une agression, il y a deux mois.

“Certes, ces images ont peut être un intérêt après coup pour la police nationale. Mais ce n’est pas le boulot du maire de payer pour ça ! Que l’Etat paye, si c’est vraiment si efficace. Nous, notre mission est de prévenir la délinquance, pas d’aider la police et la justice à retrouver les auteurs.”

Gestion opaque

Sur place, la facture serait élevée, même si elle est encore étrangement floue. Emilie Therouin vient d’ailleurs de lancer un audit et dénonce “l’opacité” qui entourait le dossier du temps de la municipalité précédente.

 

 

Outre les frais d’installation (de l’ordre de 500 000 euros pour 48 caméras depuis quinze ans), c’est surtout les frais de fonctionnement qui grèvent les finances. D’abord parce qu’un tel dispositif est coûteux en main d’oeuvre : on estime qu’il faut un policier municipal pour surveiller dix caméras. Mais aussi parce que l’entretien lui-même a un coût prohibitif, que la mairie cherche actuellement à évaluer avec précision - “Cette sous-traitance est un business énorme sur lequel nous n’avons que peu de contrôle”, précise Emilie Thérouin.


Depuis la loi du 5 mars 2007 sur la délinquance, l’Etat dote en partie les communes qui veulent s’équiper. 23 millions d’euros ont ainsi été débloqués en deux ans. Mais les municipalités doivent ensuite assumer seules maintenance et moyens humains.


Autre effet pervers dénoncé par les sociologues et les acteurs de terrain : plus de la moitié des crédits du FIPD vont désormais à ce poste budgétaire, au détriment du financement de structures éducatives par exemple.

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Published by PONT DU CASSE POUR TOUS - dans Sécurité
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